Frank Brigitte

 
Née en 1948 à Dijon, France
En 1973, je lâche l’économie pour la création de tapisseries contemporaines. Je crée, j’enseigne, j’expose matières et couleurs.Puis le yoga professionnel, travail sur le corps et l’être.
Enfin l’écriture et le dessin
Pour moi, la poésie est l’écriture de l’âme.

Ouvrages personnels

« Poèmes d’Ambre » 2013
« Petite philosophie du quotidien » 2016

Pour commander : brigittefrank@bluewin.ch

Prix obtenus

 
Printemps des poètes à Gex, concours de poésie
1er prix en 2008, 2011 et 2013

TU NE POUVAIS PAS SAVOIR, MAMAN

 
Tu ne pouvais pas savoir, maman
Que de perdre un enfant
Ça fait tout noir dedans.
Tu ne pouvais pas savoir
Que du haut de mes deux ans
Ton chagrin de maman
C’était comme un trou noir

Tu ne pouvais pas savoir, maman
Tu ne pouvais pas le voir
Je me noyais dedans
C’était immense, c’était trop grand
C’était une montagne de géant
J’avais perdu tout mon soleil
Ton sourire doux comme du miel

Et j’ai absorbé tout ce noir
Et j’en ai pétri ma mémoire
Il était là, dans ma poitrine
Dans mes humeurs, dans mes urines
Il a brouillé les pistes
La vie c’était la mort
Un chagrin qui ne se dit
Est un chagrin maudit

Puis très tard dans ma vie
J’ai revu ce trou noir
J’ai touché le mur noir
Ma mémoire a pris corps
J’ai refait la lumière
Et j’ai dis à mon frère« Tu étais beau vivant »
Et j’ai dis à ma mère« Tu rejoins ton enfant »

Tu ne pouvais pas savoir, maman
Tu ne pouvais pas savoir

LES VOIX DU POEME

 
Une voix hurle sur les mots
La colère sans fond
La haine sans visage
Et l’envie de tuer

Une voix pleure sur la rime
C’est un enfant perdu
Ou la mort d’un proche
Qu’on ne reverra plus

Une voix chante une chanson
Une berceuse au nourrisson
Histoire de pirates aux garçons
Rythme de valse qui tourne rond

Une voix sourit à la vie
Décrit ses beautés, ses langueurs
Dit la mésange et le bouleau
Et puis la caresse de l’eau

Une voix joue avec les mots
Vision d’un puzzle explosé
Qui retrouve soudain la clé
D’une musique inachevée

Une voix raconte au passant
Témoin de ce qui a été
L’histoire étonnante et prenante
De ceux qu’on ne peut oublier

Une voix parle de l’intime
Et toute l’humanité danse
Comme une foule qui s’avance
Par un seul être qui s’exprime

Quand toutes les voix se sont tues
Epuisées, exsudées, apaisées
Comme si l’on avait toujours su
Cet aboutissement annoncé

Du poème ne reste qu’un point
Somme de toutes les connaissances
Petite planète qu’on voit au loin
Plongée au milieu du silence.