EVENEMENTS


Evenements culturels Genève

Chaque printemps, quand le Soleil caresse de ses rayons lisses l’équinoxe éponyme, l’association organise une lecture de poésies, à l’occasion de la Journée Mondiale de la Poésie. Souvent, ces lectures sont rehaussées à la harpe et impliquent la participation  des élèves d’une classe d’Ecole Primaire de Genève. En fin de partie, le public a le loisir de proposer la lecture de ses propres textes, sans aucune contrainte de style ni de forme.

Chaque automne, quand les feuilles dorées, par un dernier souffle de vie s’offrent dans un ballet merveilleux, l’association propose un récital de poésies, ouvert à toutes et à tous.

POEMES PRIMES 2014


Poèmes distingués avec un 1er prix:

Section Classique:
Pour saluer Anatole France – Frédéric Roche

Septembre s’essoufflait et battait en retraite,
L’automne déjà roux soufflait le froid du soir,
Devant mon feu de bois je lisais ma gazette,
Lorsque dans ma bergère un enfant vint s’assoir.

A voix basse, il me dit: “Je n’en mène pas large,
C’est la rentrée demain et j’ai la grosse peur,
Je promène toujours ma plume dans la marge,
Car je n’écris que là, la page me fait peur.

C’est comme fait, bien sûr, je vais prendre la porte,
Humer l’air de la cour, tant-pis pour les leçons.
Piètre élève je suis, après tout que m’importe!
Pour moi seul les oiseaux chanteront leurs chansons.

Cela fait des années que discret je t’observe,
En promenant ton chien, c’est un mot pour chacun,
Tu parles cependant, restant sur ta réserve;
Des copains de comptoir…Mais des amis aucun.

Jamais on ne te vit en costume et cravate,
L’uniforme civil, c’est bon pour le troupeau,
La souffrance animale est pour toi scélérate
Et tu ne salues point celui qui tue l’agneau.

Il te plait de nourrir quelques hostilités
Et des haines parfois, je m’en suis aperçu,
Tu fus ce que je suis et nos affinités
Nous rassemblent encor: Tu ne m’as pas déçu.”

*Le livre de mon ami (Les humanités)

Section Néo-Classique:
Voiliers – Gilles Le Saux

Que sont-ils devenus ces laboureurs des mers,
Partis de Copenhague ou bien de Liverpool,
Effleurant, langoureux, l’épaule de la houle,
Chargés de rêves fous et d’épiques chimères?

Les poussant plus avant, comme eût fait une mère,
Imprégné d’une odeur de goudron et qui saoule
Comme les vieux alcools des cafés d’Istambul,
L’alizé les berçait d’étreintes éphémères.

De ces coureurs zélés restent la souvenance
De carènes ailées d’une folle élégance,
Et leur pauvre squelette exhibant ses membrures,

Leurs mats rompus dressés tels des bras qui supplient
Le ciel indifférent, des morts sans sépultures
Dont le nom effacé a sombré dans l’oubli…

Section Libre:
La Rose – Giovanni Errichelli

Le temps s’est arrêté
Au bord de l’eau cet été
Au fond de mes yeux certes
Une porte s’est ouverte

J’y ai vu le jardin
Des secondes premières
Et la Rose enfin
Assise sous la lumière

Avec ses petits boutons ambrés
Qui suggèrent pour éclore à la vie
La chaleur si troublante d’un baiser

Je l’ai vu sourire
Distiller ses suaves fragrances
Qui enivrent mon être et ses sens

Je l’ai vu s’ouvrir
Diffuser ses intimes senteurs
Qui irisent le fond de mon coeur

Je l’ai vu fleurir
Délivrée par une joie si intense
Que mon âme en conserve la brillance

Était-ce folie de vouloir la cueillir
Son délicieux parfum quelques pétales
Et ses épines qui m’empêchent de dormir

Section Thème: Voyage
Le dernier voyage – David Frenkel

Le train surgit des ténèbres.
Réveille-toi, citoyen capon!
Dans la campagne endormie, la lune est blême;
Une colère froide blanchit sa figure;
Son rayon balaie des visages apeurés;
L’astre pénètre les wagons à bestiaux;
Il les accompagne à la nuit du tombeau;
L’innocence funèbre roule vers la mort.

Une mélopée lugubre rythme le convoi;
La promiscuité d’un univers immonde
Transforme l’individu en troupeau amorphe.
Sous les roues, la ferraille entrechoque
La résistance réfugiée dans la matière.

Les enfants pendent aux basques de l’espoir;
Leurs pleurs les attachent à l’humain.
Mais le destin suit un train d’enfer
Leurs larmes n’éroderont point les coeurs de pierre.

Le soleil découvre les étoiles jaunes.
Les nuages peinent à cacher l’infâme;
L’éclair ne déchire pas l’ignominie;
L’orage ne frappe pas l’opprobre.
La locomotive siffle la camarde
Dans un désert d’humanité.
L’imagination fertile conduit la haine;
Elle s’arrêtera à la solution finale.

Les wagons vides repartent vers l’oubli.
La bétaillère est derechef peuplée;
Des bêtes ont remplacé les boucs émissaires.

Six millions ont fait le grand voyage;
Leur trajet a strié l’Humanité