Chère inconnue

 
Chère inconnue tu ne seras pas mon escapade
Ni ma fuite en avant toutes voiles dehors
Tu ne seras pas mon bol d’air au fond de l’eau
Mon école buissonnière ma planche de salut
Ma dérive émotionnelle flottante
Mon radeau de la Méduse ma plaisance
Mon escale mon port d’attache
 
Chère inconnue
Tu ne seras pas mon projet de société secrète
Ma compensation ma récompense
Mon lieu noir ma veine cave
 
Chaire d’inconnue tu seras un battement une pulsation
Ma fraction de seconde d’un bonheur arraché au monde

Albert Anor

Pauvre afrique
       
J'ai vu la mère pleurer
J'ai vu l'enfant crier
J'ai vu le père prier
Et j’ai senti mon cœur se serrer
 
J'ai vu le pauvre blessé
J'ai vu le riche soigné
J'ai vu la foule gazée
Et j’ai senti mes poings se serrer
 
J'ai vu la mère pâlir
J'ai vu l'enfant mourir
J'ai vu le père partir
Et j’ai senti mes larmes sortir
 
J'ai vu le pauvre maigrir
J'ai vu le riche en rire
J'ai vu la foule en délire
Et mon Afrique se détruire.

Bamba Junior Bakary

Les piafs
 
 Pattes jointes sautillant,
Frêles oiseaux pépiant.
 
Vite effarouchés,
Souvent effrontés.
 
En bande se chamailleront
Pour un croûton.
 
Chapardeurs sans peur
Et même querelleurs.
 
Moinelles, moineaux,
Oisillons, amis pierrots
Au plumage bariolé,
Brun pâle ici, ailleurs foncé.
Tous comme de bure enfroqués.
 
Gros mâle au col
De noir cravaté.
 
Un bruit insolite, et c’est le fol
Envol.


Georges Brosset

Souvenir du futur
 
Il y a plus de trente ans
Je me rêvais à travers la ville
Chevauchant les volutes
Des premières fumées
Imaginant de fabuleux voyages
 
Je me vis alors beaucoup plus en âge
Revenant de lointains rivages
Errant hagard dans une ville
Que je ne reconnaissais plus
Prisonnier d’un rêve incertain
Venait du millénaire le crépuscule
 
Mais ce n’était pas possible
Rien que rêves ou cauchemars
Engendrés par fumées et brouillards
Je n’y croyais pas en ce temps-là
Mais maintenant c’est là…
 

Yan Cherelle 
 
 

La fraîcheur sur l’archipel

La barque se balance sur la houle
Au son de la brise tendre du sud.
Disque d’étain, la lune éparpille
Ses perles d’argent sur la baie d’ébène.

La barque oscille dans l’archipel,
Dentelé par l’air, la mer et le sel.
La lune scelle ses lamelles d’argent,
Aux coins des vagues, lamelles d’étoiles.

Au milieu de la mer nocturne,
Tel le goût de la menthe sur ma bouche,
Ou mon foulard de soie dans la brise,
Sur la baie d’ébène, frémit la fraîcheur.

Emilie Bilman

Appel

Guerres sans paix
autant de larmes que de sang
poings crispés de rancune
faim, froid,
déchéance

Dieu tout-puissant
maître du ciel et de la terre
se pourrait-il que tu pleures
sur ta création
jusqu’à l’abandon

Dieu tout-puissant
maître du ciel et de la terre
libère-nous de la solitude de toi
de l’isolement
du beau, du bon, du vrai

Alors tu reconnaîtras
dans l’ardeur au soleil levant
au recueillement au soleil couchant
la gratitude d’un non-puissant
petit esclave du ciel et de la terre.


Anne de Szaday

A la morte saison
 
Il m’arrive parfois
Qu’à  la morte saison
Je longe les rails
Entre deux gares
Dénombrant les maisons
 
Souvent mon regard
S’arrête sur l’une d’elles
Sans doute parce qu’au
Travers de dentelles
Qui lui servent de voiles
Je crois deviner
Dans le grisé d’une ombre
Dans la surdité sombre
De l’isolement
Des yeux qui brillent
Comme des étoiles
 

Jacques Herman

Mini-tsunamis  de  mon  âme                            

           
gouttes d'eau
vous qui êtes libérées des nuages
par le feu de l'orage
- diamants du ciel
venez rafraîchir mes espoirs desséchés
venez étancher ma soif d'essentiel
perles de rosée
            vous qui rythmez les journées de prairies
vous dont l'impartiale bonté matinale,
se dépose même sur l'ivraie entourant ma demeure
venez ajuster l'horloge de mon coeur
venez faire briller le miroir
où se reflète ma vraie identité
grains de sable
            vous que l'océan ne cesse de caresser
            - poudre de soleil sur la plage
                        venez consolider mon courage
                        battu par les flots de l'adversité
vents du large
            vous qui parcourez les mers sans bagage
            pareils à d'infatigables émissaires
                        apportez-moi des messages-repères
                        venez faire respirer mes jardins essoufflés
                        allez sécher les larmes de l'humanité.
 

Beatrice Labarthe

Juste une …

 

Une touche, juste une touche qui touche, pas touche !
Une mouche, juste une mouche qui fait mouche
Noir, juste du noir laissant espérer un soir
Une chaînette discrète te chevillant à la chevillette
 
Talons hauts, te prenant de haut
Tailleur, juste un peu sage … plein de présages
Jupe fendue sur un genou tendu
Bas, juste des bas … regard remontant d’en bas
Bouton, boutonne ce bouton se déboutonnant au bon moment
Décolleté, … attrapé ce regard détourné !
Transparence, …juste une apparence pour te mettre en transe
 
Mèche, juste une mèche, es-tu de mèche ?
Regard, juste un regard t’accrochant sans égards
Cils, juste un battement de cils et tu sourcilles sourcilles
Noires pupilles, grosses comme des toupies réduisant ton cœur en charpie
Narines aquilines, frémissantes d’attente
 
Langue gourmande passant sur des lèvres languissantes…
Comprends-tu ma langue ? Mots code, mots clé … Allez décodez !
 
Effluves s’unissant dans la même étuve
Un plaisir se nouant en un désir
Pour un moment .. ou deux, qui sait …peut-être

 

Marianne C. Mylonas-Svikovsky

Jeux planétaires
 
Tel un volcan aux couleurs de plomb le gigantesque coursier soufflait sur les nimbus et s'étalant, galopait à reculons.
 
Sous l'ample poitrail brillait Vénus ; derrière la tête la Lune encore opaque voulait le transpercer de ses rayons blafards.
 
Le ciel étonné contemplait ce handicap hésitant à rallumer ses Grands Boulevards.
 
Mars en feu surgit à Ponant diluant les sabots du monstre qui dans un convulsif mouvement se déforma, puis se mit à fondre.
 
Sitôt la Lune effaça du crépuscule les derniers espoirs d'un soleil mourant.
 
Alors le Zodiaque montra ses Chars Uniques et Castor et Pollux, sis sur la Voie Lactée, poussèrent la Roue Astronomique à labourer le firmament voûté.

 
 
Galliano Perut


L'émigré
 
Comme l’oiseau migrateur n’ayant pour richesse
Que l’élan vital et la force de ses ailes
Le migrant quitte son toit fuyant la détresse
Le cœur palpitant, moins confiant que l’hirondelle
 
D’où qu’il vienne au delà de mers ou de déserts
Le chemin de l’exil est parsemé d’écueils
Rescapé de guerre ou enfant de la misère
La terre promise est le pays qui l’accueille.
 
Il blondit ses cheveux, se peint les yeux d’azur
Masque son accent et déguise son allure
Parle avec fierté des ancêtres d’adoption
Croyant fermement à son assimilation.
 
A la nouvelle patrie il donne son cœur
Sa force, son travail et toute son ardeur
Quand il croit sa nouvelle identité forgée
On le pointe du doigt désignant …l’étranger.
 
Déçu dans son amour et doublement meurtri
Par deux fois orphelin d’une mère patrie.
Il sera désormais un arbre sans racines
Dans un jardin de roses aux longues épines.


Linda Stroun

Les rêves du poète
 
Les rêves du poètes percent les silences de l'univers. Silences des ombres ; Elles tournent sur la terre avec la terre. Silence de la terre pleine de feu ; Elle tourne sur elle-même d'orient en occident autour du soleil. Elle nourrit le lait de la terre et la pluie du ciel.
 
Et le poète chante que l'univers est beau.
 
Le regard du poète brille sur les merveilles de notre planète ; Merveilles des couleurs des soleils vifs couchant sur les mers et les monts ; Il annonce sa première victoire sur le silence et l'ignorance. Il entonne en force sa longue partition de la vie.
 
Et le poète chante que notre planète est magie.
 
Les cœurs des poètes vibrent des souffrances des espoirs humains ; Souffrances des enfants échappés des haines des amours déchirés ; Espoirs qui sont des prières pour calmer les muscle rouillés Et dissiper les yeux qui scintillent. Elles pansent par le verbe créateur de paradis.
Et le poète chante que les mains jointes sauvent.
 

 
Jean-Martin Tchaptchet

Le voyage 

Le voyage est infini,
J'y réfléchis et m'assoupis.
Dans mon rêve je suis dans un train, 
Qui m'emmène aux pays voisins.
 
De la France à l'Angleterre,
Mais jamais je ne quitte la Terre.
Des rêves d'atteindre la Lune,
Me font pleurer dans la nuit brune.
 
Le voyage est infini,
J'y réfléchis et m'assoupis.
Dans mon rêve je suis dans un train,
Qui m'emmène aux pays lointains.
 
De la France à la Chine,
La France me manque bien, 
Même si j'en suis loin.
Fin du rêve, mon voyage se termine.
 

Bob Morabia