Palmarès 2009

 

 

Catégorie 1 – Poésie classique

 

 

1er Prix

Guy Vielfault

F - Croissy-Beaubourg

 

LA KORÊ

«Je suis belle, ô mortels! Comme un rêve de pierre »

Baudelaire

Au marbre lézardé de l'étroit acrotère

Elle pose si nue, et chaste bellement,

Que votre cœur s'émeut d'un fol épanchement

Oubliant le chagrin de la froidure austère.

L'automne peut, au bois, galvauder son ictère,

Déposer sur nos fronts l'hibernal blanchiment,

La syrinx pleure encore, mélancoliquement,

Ces faunesques amours dont l'âme s'invétère.

La mousse a répandu, j'aime croire à dessein,

Le velours de l'oubli sur le galbe d'un sein,

Mais à l'heure indécise où le rêve s'obstine,

Quand s'éveille le parc d'un prime cri d'oiseau,

La korê semble ouïr, nostalgique et mutine,

Sous les doigts d'un berger les soupirs du roseau.

 

 

Catégorie 2 – Poésie néo-classique

 

 

1er Prix

Patrick Caujolle

F - Mascarville

 

VOYAGE....

 

 

Quatre murs, un crayon, une main, une table,

quand on se perd le soir sur une feuille blanche,

du poids de cette page où notre cœur se penche,

voila des vrais voyages le seul goût véritable.

 

Sans bouger d'un iota, sans bornes, sans frontières,

y élargir sa vie comme une tache d'eau,

et dans ce pays vierge où le vent est un mot,

partir à travers soi et dépasser sa chair.

 

Cueillir tous les éclairs et traverser l'espace

pour poser la lumière au bout de quelques doigts,

rincer sa poignée d'âme pour que l'encre s'y noie

et semer pour la nuit la clarté d'une trace.

 

Evaporer son sang par des larmes noircies,

déblayer les sentiers qui errent dans la tête,

puis mentir au hasard en créant la planète

déifier l'absurde génère son sosie.

 

Tout départ est en nous et j'observe souvent,

ces pierres qui voyagent en comptant les nuages,

seul le chant de l'oiseau dépasse de la cage,

on ne s'en va vraiment que sur l'ombre du temps.

 

 

Catégorie 3 – Poésie libre

 

 

1er Prix

Jean-Luc Demeley

CH - Meyrin

QUATRE CONTRE DEUX

 

 

Par un matin automnal glacial

Avant d'enfourcher ma nerveuse monture

Je me prépare avec soin et méthodicité.

Dans le cérémonial des temps modernes,

Je lustre et j'affûte me armes:

Gants — bonnet — lunettes — casque.

Du courage, le courage est nécessaire.

Je retiens ma respiration :

CONTACT ! Rien ne se passe.

MOTEUR ! Le hennissement des quinze chevaux troue le silence de l'aurore.

 

Vite, libérer cette énergie contenue,

Qu'elle explose dans la froideur du petit jour.

Vite, se dépêcher, ne pas être en retard

Vite, rouler vite, aussi vite que la lumière.

Prendre des risques, oser et avancer

La peur cède la place à l'euphorie.

Je maîtrise ma monture du bout du moufle.

 

Je me joue de la circulation, le trafic m'amuse,

Je me faufile d'une file à l'autre,

Je folâtre avec les queues et les bouchons

Je dépasse le flot de l'immobilisme pour terminer premier.

Je remonte le temps... tant de temps gagné !

Je ris de cette mobilité retrouvée.

Dans un élan de générosité, je laisse passer le piéton.

 

Soudain, c'est la guerre !

Le combat des 4Roues contre celui des 2Roues.

Ils sont nombreux, forts et bien protégés.

Le 2Roues, vif alerte et agile, demeure fragile.

Fort de sa puissance, le 4Roues se révèle dangereux

Jaloux de notre promptitude, il peut être hargneux.

A coups de corne et de muse, nous nous affrontons dans des duels sans pitié.

Souvent le 2Roues gagne.

II laisse le 4Roues sur le bas côté du chemin

Empêtré dans sa lourdeur et rempli de rancœur.

 

Ils se frôlent, ils se rasent, ils se cabrent

Parfois ils se touchent dans un bruit sec sourd, mat et creux.

La tôle transperce le preux chevalier.

Un genou à terre il abdique et se rend

Mais ce n'est pas suffisant.

La colère et la haine des 4Roues peuvent aller jusqu'à la mise à mort.

 

Décidément, ma ville est bien triste... et pourtant si belle... à pied !

 

 

Catégorie 4 – Jeunes auteurs

 

 

1er Prix

Prix collectif

Classe 905 de

Mme Schemel

Cycle de l'Aubépine

CH - Genève

 

 

Catégorie 5 – Thème imposé: La Ville

 

 

1er Prix

Anne de Szaday

CH - Genève

 

VILLES

 

 

De Peshavar la tribale, à Lahore l'impériale,
de voiles de soie en pétales de roses,
j'ai toujours rêvé de multiples ailleurs.

 

Alors,
de gares en gares, de grands boulevards
en interminables aérogares,
je partais.

 

Solitaire,
un matin de grand gel,
je traversai une place démesurée, déraisonnable,
Saint-Pétersbourg.

 

Pensive,
près d'un soir suspendu aux brumes ocrées de Prague,
je m'attardai sur des ailes de pierre,
celles du pont Saint-Charles.

 

Contemplative,
dans l'aube naissante de Bénarès,
je descendis les marches de grès rose
bénies dans l'union mystique du soleil levant au fleuve sacré.

 

Mais
de rives en rives,
de villes en villes,
j'ai trop rêvé.

 

Les rivages s'éloignent

 les viles s'estompent

 dans l'immense solitude

 d'impossibles ailleurs.